Marie-Christine et Claude Ligeard, Pierre Bugnet

Robert Gemehl est un descendant d’armuriers alsaciens venus participer au démarrage de la Manufacture royale d’armes de Châtellerault au début du XIXe siècle. Il a 17 ans en 1914 et la mobilisation industrielle qui suit l’entrée en guerre lui permet d’entrer à la Manu avant l’âge réglementaire. Et dès la fin de l’année 1915 il s’engage dans l’artillerie et passe deux ans sur le front avant de participer à l’occupation de la rive gauche du Rhin. Démobilisé en 1919 il fait ensuite carrière à la Manu. Retraité en 1954, il décède deux ans plus tard. Sa petite-fille, Marie-Christine Ligeard, a recueilli tous les documents qui permettent de retracer sa carrière et en particulier son parcours durant la première guerre mondiale.

I. La famille Gemehl

II. Les débuts de Robert

Robert est né le 15 juin 1897 à Tivoli, de Charles Gemehl, tailleur de limes, et d’Élisa Pichon, sans profession. Son père est, à sa naissance, tailleur de limes avec un cousin dans un atelier familial, Grand-Rue de Châteauneuf, à l’angle de la rue Saint-Marc prolongée, quand il ne travaille pas à la Manu. Celle-ci embauche et renvoie en effet ses ouvriers au gré des commandes. Charles y passera presque vingt ans en cinq fois, de 1893 à 1926. Au recensement de 1911 il est enregistré comme tailleur de limes chez Dutheil. Élisa, la mère de Robert, tient une petite épicerie en commun avec sa sœur, rue de Tivoli à l’époque, aujourd’hui avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny. Après l’école communale, Robert effectue, entre 1911 et 1914, un apprentissage de menuisier. Il entre à la Manu en mars 1915, avant ses 18 ans, et travaille de nuit jusqu’en décembre.

Un ouvrier de la manufacture d’armes du Klingenthal, Johann-George Gemehl (1779-1847) vient travailler quelques années à la Manu de Châtellerault peu après sa création. Il y fait venir ses deux fils et ses deux neveux, Johannès et Karl, qui s’implantent à Châtellerault. Karl est le grand-père de Robert. La famille Gemehl est une pépinière de « manuchards ».  En cinq générations, 23 Gemehl seront employés à la Manu.

III. Engagement et année de formation

Le début de l’artillerie lourde de campagne et le 55e RA

Robert s’engage le 4 décembre 1915 pour 4 ans au 55e régiment d’artillerie d’Orange. Les raisons du choix de ce régiment extérieur à la région ne sont pas connues, mais à cette époque la France effectue un effort considérable pour combler son retard en artillerie lourde moderne et Robert a certainement été conseillé pour faire le choix d’une unité spécialisée dans ce domaine.

En 1914 il n’existe pas d’artillerie lourde de campagne. La seule artillerie lourde existante est l’artillerie « de siège et place » servie par les régiments d’artillerie à pied.
En avril 1914, cinq régiments d’artillerie lourde sont créés avec des matériels anciens (1er à 5e RAL équipés de canons de 120 et 155 courts 1890). En 1913 le canon de 105 long Schneider est adopté et il est mis en service à partir de fin 1914. Il faut former des canonniers pour ces matériels nouveaux.
Comme les autres corps d’armée, le 15e de Marseille est doté de trois régiments d’artillerie en 1914, deux régiments « divisionnaires » et un régiment « de corps d’armée » qui est, en principe, le régiment d’artillerie lourde du corps. Ce dernier est le 55e RA caserné à Orange. C’est pour lui qu’a été aménagé le camp des Garrigues, au nord de Nîmes, qui permet d’effectuer des tirs courbes jusqu’à 8 kilomètres.

Instruction à Orange

Le 9 décembre 1915, Robert rejoint son corps. Le 55e RA est mobilisé, il fera toute la guerre et c’est donc dans une batterie d’instruction, la 62e, que Robert est affecté. Il sera qualifié « 2e canonnier ». Au cours de sa formation il participe à plusieurs reprises à des manœuvres au camp des Garrigues qui permet le tir à grande distance. Il lui arrive aussi de revenir en permission puisqu’il indique un jour être passé par Paris.

Il envoie de nombreuses cartes postales dont les destinataires sont essentiellement ses parents, sa sœur, mariée à Henri Merville, et sa grand’mère. Tous ont la même adresse à Châtellerault, 66 rue de Tivoli. Ces cartes partent d’Orange mais aussi d’autres lieux, par exemple Nîmes. Car Robert s’intéresse à la région où il se trouve ; il lui arrive d’assister à un concert au théâtre antique. Il ne donne jamais d’informations sur sa vie militaire mais témoigne constamment de son affection pour ses proches et de son intérêt pour ses amis. Il semble aussi qu’il veuille en permanence rassurer sa famille sur son sort car il gardera la même attitude plus tard dans des conditions parfois périlleuses.

Mais la guerre ne connaît aucun répit en cette année 1916 et la période d’instruction a un terme. Celui-ci est atteint en décembre 1916 avec l’affectation dans un régiment actif, le 113e régiment d’artillerie lourde.

IV. Le front de Picardie

Création du 1er groupe et de la 3ème batterie du 113e RAL

Le 113e RAL est créé le 01-11-19151. Il est équipé à l’origine de matériels divers des calibres 95, 120, 155. Comme les autres régiments du même type il comprend plusieurs groupes répartis entre plusieurs corps d’armée (13e CA et 35e CA pour le 113e RAL) et la 6e armée. Le canon de 105 long est signalé au régiment le 9 juin 1916.

Le 1er décembre 1916, le 1er groupe du 113, alors équipé de canons de 95 modèle 1888 et en position en Picardie, est désigné pour être rééquipé en 105 long. Il est alors transféré à Vannes. 

Robert Gemehl arrive à Vannes dans les derniers jours de 1916. Il est affecté à la 3e batterie du 1er groupe qui est officiellement constituée le 1er janvier 1917 et reçoit ses canons le 6 janvier. Les jours suivants sont occupés par la perception de l’ensemble du matériel et des chevaux et par des exercices, notamment des écoles à feu au champ de tir de Meucon. La batterie est logée dans la caserne du 102e régiment d’artillerie de Vannes. Robert n’oublie pas de tenir sa famille informée, par exemple en envoyant une carte postale de Ploërmel.

Enfin le 19 janvier c’est l’embarquement en gare de Vannes pour le front. Le 1er groupe est affecté au 35e corps d’armée, qui appartient lui-même à la 3e armée en Picardie. Il fait partie du 113e RAL mais opère de façon autonome jusqu’à la fin de la guerre avec ses 3 batteries.Le groupe est entièrement hippomobile. Chaque batterie est dotée de 4 canons et leur mise en œuvre fait appel à un matériel et un personnel importants : 172 hommes, dont 3 officiers, 108 chevaux, 20 véhicules (8 caissons, 7 chariots de parc, 3 fourgons, 1 forge, 1 cuisine roulante)2. Robert est fier de son canon, le plus moderne de l’artillerie de campagne en 1916. Plusieurs des cartes postales qu’il envoie du front représentent le canon seul, avec le canonnier Robert Gemehl ou avec toute l’équipe de pièce.

Emploi du 1er groupe du 113e RAL

C’est un groupe d’artillerie de corps d’armée. Il est positionné quelques kilomètres en arrière des premières lignes, en principe derrière l’artillerie divisionnaire. Sa portée de l’ordre de 12 km lui permet d’atteindre l’arrière du front ennemi. Il effectue principalement :

  • des tirs de contre-batterie sur les positions d’artillerie ennemies,
  • des tirs de neutralisation de batteries adverses lors d’offensives françaises ,
  • des tirs de barrage lors d’attaques adverses ,
  • des tirs de harcèlement sur des lieux de passage, de rassemblement, des observatoires.

Les tirs ont lieu sur des positions désignées sur la carte. Des observatoires avancés permettent de contrôler les résultats et de régler les tirs. Le réglage par ballon ou par avion est aussi utilisé.En contre-batterie le nombre de coups ou la durée sont généralement fixés par le commandement alors qu’en harcèlement les tirs sont plus ou moins aléatoires sur une durée déterminée. Les 3 batteries du groupe opèrent habituellement de façon indépendante. Les positions de batterie sont très organisées, souvent dans un endroit abrité (ravin dans un bois). Les pièces sont dans des alvéoles qui les protègent latéralement, elles reposent sur une plate-forme en bois. Des abris enterrés sont aménagés pour le personnel et les munitions.

Chaque batterie se décompose en deux parties : la batterie de tir comprenant les canons et les caissons, et l’échelon avec les véhicules et les chevaux. L’échelon stationne en arrière de la batterie de tir. Il est chargé de la ravitailler en vivres et en munitions et d’entretenir le matériel. Lors des épisodes de guerre en rase campagne (repli allemand sur la ligne Hindenburg en 1917, poursuite de septembre-novembre 1918), des positions de batterie plus sommaire sont rapidement organisées.

Durant la guerre de position, un changement de batterie est une opération longue et complexe. Elle commence par une ou plusieurs reconnaissances destinées à choisir le meilleur emplacement compte-tenu du terrain, des objectifs à battre, des positions amies et ennemies. Puis des équipes de travailleurs, dont les canonniers font partie, aménagent la nouvelle position, parfois sous les obus, car les voisins d’en face surveillent également. Enfin, les chevaux amènent les canons sur leur nouvelle position, parfois péniblement à cause du terrain bouleversé, et en essayant de ne pas être repérés.Robert est canonnier. Il sert sa pièce, loge dans un abri proche des canons, participe aux travaux d’aménagement des positions de batterie  

Arrivée en Picardie, premiers engagements3

Le groupe débarque le 20 janvier à Clermont-de-l’Oise. L’entraînement se poursuit jusqu’au 15 février, puis commence le premier aménagement de batterie sur la rive droite de l’Oise au sud de Noyon. La première mise en batterie a lieu le 4 mars, les pièces sont réglées par des tirs sur des buts visibles, notamment des fermes, et les premiers tirs sur des batteries repérées sont déclenchés le 11 mars.

Du 16 au 22 mars les Allemands se replient sur la ligne Hindenburg. L’armée française suit le mouvement en essayant de le perturber. La 3e batterie, comme l’ensemble du 1er groupe, se déplace donc sur une direction générale Noyon-Saint-Quentin. Le groupe est transféré au 13e corps d’armée. Plusieurs positions de batterie successives sont occupées brièvement, à Caumont, Noureuil, Lizerolles, quelques tirs de contre-batterie effectués. Le 18 mars une « saucisse »4 est contrainte à atterrir en lisière de la forêt de Coucy.

Devant Saint-Quentin

Début avril le front est stabilisé, les Allemands sont installés sur la ligne Hindenburg et ne bougeront plus, la guerre de tranchées reprend. La batterie est en position à Essigny-le-Grand, à la limite de l’actuelle banlieue de Saint-Quentin. Les Français voient la ville en flammes mais ne peuvent l’aborder.

D’avril à juin attaques et contre-attaques se succèdent. L’infanterie butte devant le « Pire-Aller », faubourg de Saint-Quentin. La batterie multiplie les tirs de contre-batterie et de harcèlement mais elle est aussi contrebattue et reçoit de nombreux obus de 105 et de 150. Il y a des pertes et des canons endommagés. Le 19 avril la batterie est réduite à 2 pièces. Ces bombardements entraînent à deux reprises des changements de position aux environs d’Essigny-le-Grand.Après une courte période de repos début mai, de nouveaux tirs sont effectués pour appuyer les attaques contre le « Pire-Aller », mais sans succès. Le 29 mai, la batterie reçoit pour la première fois des obus asphyxiants, les servants doivent mettre les masques à gaz, l’un d’eux est intoxiqué.

Durant cette période Robert envoie des cartes qui représentent son canon ou des paysages des régions dévastées. Il ne donne aucune indication sur les opérations auxquelles il participe ni sur les risques encourus. Le 25 juin le groupe est relevé.

V- À Verdun et en argonne

Le 13e CA quitte la Picardie pour la région de Verdun. Le groupe I/113 embarque le 1er juillet 1917 à Ham et gagne Bar-le-Duc par chemin de fer. Il se déplace ensuite en forêt de Hesse et prend position fin juillet dans le bois de Marre, au sud d’Avocourt. Commence alors un très dur combat d’artillerie. Alors que la 3e batterie tire vers Malancourt et la cote 304, elle subit, dès le 31 juillet, un bombardement par obus toxiques ; des hommes sont intoxiqués et évacués. Le 11 août, encore des dégâts et des blessés.

La Reprise du Mort-Homme

Une grande offensive française est lancée le 20 août sur les 2 rives de la Meuse. La préparation d’artillerie commence dès le 13, elle est violemment contrebattue, la batterie a des morts, des blessés et des intoxiqués par obus chimiques. Des obus sautent, le 19 août une seule pièce poursuit le tir. Mais l’offensive est une réussite, sur la rive gauche le Mort-Homme et la cote 304 sont repris. De nombreux tirs de harcèlement et de barrage se succèdent les jours suivants. Le 23 septembre le groupe est cité à l’ordre de la 2e armée.

Un hiver en Argonne

Le 2 octobre 1917 le groupe est transféré en Argonne, région de Lachalade. La 3e batterie est en position dans le ravin de la Gorgia. À la mi-novembre, une pièce est détachée dans un autre ravin pour effectuer des tirs sur objectifs fugitifs. Robert a ramené de cette période des photographies de pièces en position ou en action. Sur l’une d’elles il indique qu’il introduit l’obus dans la culasse. Ces photos montrent bien la situation des canons en Argonne, dans des ravins encaissés et boisés.Sur l’une de ses cartes de cette époque, qui représente le Four-de-Paris, il annonce à ses parents qu’il y a eu « une petite épidémie » ; il s’agit certainement d’une épidémie de grippe signalée par d’autres combattants.

Printemps 1918 sur le front de Verdun

Le 8 mars 1918 le groupe prend position dans la forêt de Hesse, derrière la butte de Vauquois. Nous sommes encore proches de la forêt d’Argonne, les coups de main amis et ennemis se succèdent et entraînent des tirs journaliers. Le 28 mai, deux hommes sont tués par des obus sur la batterie.

En juin, la batterie se rapproche de Verdun et s’installe près de Fromeréville. Une pièce est détachée au nord-est de Montzéville pour des tirs sur objectifs fugitifs. La batterie fournit l’équipe d’observation sur la cote 304.


VI- Champagne – Ardennes 1918

Le groupe est déplacé en août 1918 au sud de Verdun mais n’est pas engagé. Puis du 1er au 10 septembre il gagne la région de Reims par voie terrestre, c’est-à-dire hippomobile, et prend position au nord-ouest de Reims. À partir du 30 septembre, l’offensive française est lancée et le groupe l’appuie de ses tirs dans la région du fort Saint-Thierry. Mais les Allemands décrochent et une nouvelle phase de poursuite commence.

Elle s’arrête à la mi-octobre après le passage de l’Aisne, les Allemands se sont en effet repliés sur une position fortifiée, la Hunding Stellung. Attaquée à partir du 25 octobre, celle-ci est rapidement évacuée et la poursuite reprend pour s’arrêter le 10 novembre à Neuville-lès-This, dix kilomètres à l’ouest de Charleville-Mézières, pour la 3e batterie.

VII- Occupation en Allemagne

La longue marche de Charleville à Mayence

Le groupe n’a pas le temps de se reposer sur ses lauriers car dès le 12 novembre il entame un long périple avec ses chevaux, ses canons et tous ses véhicules hippomobiles, qui va le conduire jusqu’à Mayence en traversant les Ardennes, la Champagne, la Lorraine, la Moselle encore allemande et le Palatinat.

Ce voyage dure 3 mois en 30 étapes. Il est interrompu par des pauses, sans doute pour reposer hommes et chevaux et entretenir le matériel. Les principales ont lieu du 15 novembre au 6 décembre 1918 au camp de Châlons, puis du 16 janvier au 6 février 1919 à Faulx-Saint-Pierre, près de la frontière avec la Lorraine annexée. Les hommes les plus anciens (réservistes de la territoriale) sont alors libérés.

Robert et ses camarades pénètrent en Lorraine allemande le 2 février puis en Allemagne, dans le Palatinat, le 8 février. Peu après, les mobilisés des classes antérieures à 1911 sont regroupés à la 3e batterie qui est renvoyée en France pour être dissoute. Le 1er groupe ne comprend donc plus que 2 batteries et Robert est affecté à une colonne légère constituée avec les hommes de la 3e batterie non renvoyés, mais cette fois comme ouvrier. Il retrouve son métier de menuisier.

Enfin le 19 février 1919 le groupe arrive à Mayence.

Découverte de l’Allemagne

Les artilleurs du 1er groupe sont logés à la Pionier-Kaserne de Biebrich, faubourg de Wiesbaden, ville jumelle de Mayence, au nord du Main. Le 17 mars, la colonne légère est dissoute et Robert est affecté à la 2e batterie, toujours comme ouvrier.

Il profite de son séjour outre-Rhin pour visiter Mayence et Wiesbaden et envoyer de nombreuses cartes postales, en particulier à son beau-frère qui veut en faire collection. Il admire  Wiesbaden très belle ville d’eaux et, bien que ne pouvant se faire comprendre, s’intéresse à ses habitants. L’animation qui y règne l’étonne et il trouve que  les vaincus ne s’en font pas, il y a des bals et des cafés-concerts partout. Il est toujours attentionné pour ses parents qui vont pouvoir se reposer car ils n’ont plus de pensionnaires. Sans doute, comme beaucoup de Châtelleraudais, avaient-ils dû loger des réfugiés ou des mobilisés de la Manu.

Mais la guerre n’est pas officiellement terminée et le 19 juin,  en prévision d’une reprise des hostilités5, le groupe est avancé à Igstadt, à quelques kilomètres de Wiesbaden, en direction de Francfort. L’alerte ne dure que quelques jours, le 23 juin l’ennemi accepte de signer la paix.

Le 3 juillet le groupe embarque sur chemin de fer à Wiesbaden et gagne le camp de Bitche pour suivre un cours de tir. Ce n’est pas encore un retour en France, l’Alsace-Lorraine est toujours allemande comme en témoignent les cachets postaux. Robert en profite pour envoyer de superbes photos de canons avec des équipes d’artilleurs, dont lui-même.

Le retour vers la vie civile

La paix est enfin signée. Robert n’a pas terminé son contrat d’engagement mais il songe au retour et obtient, le 27 août 1919, un sursis de 2 mois pour travailler chez M. Robuchon, menuisier boulevard de la Vienne à Châtellerault. Son sursis n’est pas renouvelé et le 24 octobre, à son grand regret, il rejoint sa batterie, toujours à Wiesbaden mais dans un autre quartier, Schierstein. Il reprend son emploi d’ouvrier d’artillerie en espérant regagner rapidement le beau pays de Châtellerault. Pour ne pas l’oublier il se fait envoyer L’Écho de Châtellerault.

Il profite de ses derniers jours en Allemagne pour procéder à des achats, la technique allemande est bien connue et par exemple son beau-frère a besoin d’une lampe à acétylène. Enfin, le 4 décembre 1919, Robert est démobilisé à Poitiers et peut rejoindre définitivement Châtellerault, avec en prime le certificat de bonne conduite.

Robert reprend son métier de menuisier dans une entreprise privée pour la durée des années 20.

À cette époque il porte le maillot de footballeur au CASC, Club athlétique et socialiste de Châtellerault6. Il est réembauché à la Manu le 2 mai 1930, d’abord comme manœuvre, mais rapidement il est affecté à l’atelier du bois où il termine sa carrière le 30 juin 1954, date à laquelle il a droit à pension de retraite. Il décède début 1957.

 L’adjectif socialiste sera ensuite remplacé par sportif. Le CASC jouait au stade de Luna-Park. En 1935 il participe à la création du SOC.

Le 9 avril 1921 Robert avait épousé Madeleine Papuchon. Leurs deux enfants, Henri, né en 1922 et Josiane, née en 1933, feront également carrière à la Manu, clôturant ainsi, avec la cinquième génération, la participation de la famille Gemehl à la grande entreprise d’armement châtelleraudaise.

Les photographies et cartes postales proviennent toutes de la collection de Marie-Christine et Claude Ligeard.

  1. Note du GQG du 13-10-1915. ↩︎
  2. Service historique de la Défense, Site Mémoire des hommes, Journal des marches et opérations du 1er groupe du 113e régiment d’artillerie lourde. ↩︎
  3. Toutes les indications sur l’activité du 1er groupe et de la 3e batterie proviennent de leurs Journaux de marches et opérations (JMO) respectifs. ↩︎
  4. Ballon captif. ↩︎
  5. JMO du 1er groupe. ↩︎
  6. L’adjectif socialiste sera ensuite remplacé par sportif. Le CASC jouait au stade de Luna-Park. En 1935 il participe à la création du SOC. ↩︎