Auberges et cabarets du Châtelleraudais au XVIIIe

Du
15 décembre 2012 00:00
au
15 décembre 2012 00:00
à
Châtellerault, salle Camille Pagé
Type d’évènement : ,
Événement

Conférencier : Fabrice Vigier

LES AUBERGES DU PAYS CHATELLERAUDAIS AUX XVIIe et XVIIIe SIECLES
Fabrice Vigier, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Poitiers, invité du
CCHA, a fait un retour remarqué samedi dernier, 15 décembre, salle Camille Pagé. En effet, en
2000 déjà, ce spécialiste de la France de l’Ancien Régime avait fort intéressé son public en
présentant « Les curés du Châtelleraudais au XVIIIe siècle ». Cette fois-ci, Fabrice Vigier nous
entraîne dans « Les auberges de Châtellerault et des environs aux XVIIe et XVIIIe siècles », une
conférence spécialement préparée pour l’occasion et présentée à 70 Châtelleraudais qui ont pu
apprécier ce moment privilégié.
A cette époque, Châtellerault est une ville relativement grande qui compte entre 8 000 et 10 000
habitants. Siège d’une administration royale, elle possède un hôpital, une maréchaussée, une justice
pour les marchands, un service des Eaux et Forêts…
La ville se trouve sur le trajet d’une grande voie de circulation, sur la route royale qui relie Paris-
Tours à Poitiers et plus loin encore. La Vienne, autre grande voie de communication, est un atout de
choix pour la ville. De plus, le Châtelleraudais est un pays industrieux grâce à ses activités
manufacturières dont la coutellerie de renommée nationale et les activités commerciales du port.
Beaucoup de marchandises passent par les quais, en particulier les eaux de vie en provenance de la
région de Cognac. Des voitures acheminent la marchandise de Saintonge jusqu’à Châtellerault puis,
par la Vienne, elle descend vers Tours et Paris. La circulation des vendeurs, acheteurs et voyageurs
est intense, il faut pouvoir les accueillir pour manger et dormir, c’est le rôle des auberges.
En venant de Paris ou de Tours, en approchant de Châtellerault, on trouve une auberge aux Ormes,
également relai de poste qui existe encore, dont une grange est transformée en salle de concert à la
belle saison. Quelques lieues plus loin, on peut s’arrêter à Ingrandes-sur-Vienne à l’auberge du
« Grand cerf » située au bord de la route tout près de l’église.
A Châtellerault, porte Sainte-Catherine, on ne peut manquer la grande auberge de « La tête noire »
qui a laissé son nom au quartier.


Au cours de ces deux siècles, on estime à environ 10 ou 15 le nombre d’auberges installées dans la
ville ; elles sont situées relativement près de la rivière et de la route, dans ce couloir de passage qui
draine les voyageurs ; elles se répartissent sur les deux rives et le faubourg de Châteauneuf est
également bien pourvu en auberges, à commencer par « Le grand Monarque » situé à la sortie du
pont Henri IV.
On trouve également, proches de Châtellerault, des auberges de campagne : à Antoigné, Pouthumé,
plus loin : à Leigné-sur-Usseau, Saint-Gervais ou encore sur un autre axe routier : à Scorbé-
Clairvaux ou Saint-Genest-d’Ambière….
Les noms de ces auberges sont le plus souvent des noms d’animaux parfois de saints. On loge à
l’auberge du dauphin, au lion d’or, au grand cerf, au cheval blanc, à la corne de cerf, aux trois
pigeons ou au chêne vert et aux trois bouchons, à l’écu de France ou encore à l’auberge de la
galère… tout un programme ! Les saints semblent moins nombreux : Saint-André, Saint-Louis…


Ces auberges sont généralement construites sur le même modèle et organisées autour d’une cour où
les voitures pénètrent par un grand porche. Autour de
cette cour : des écuries pour loger les chevaux et les valets, des granges et des chambres souvent à
l’étage. Il n’est pas rare d’avoir deux ou trois lits par chambre ! Certaines auberges plus importantes
peuvent avoir plusieurs cours, une fontaine et les chambres des maîtres sont flanquées d’un cabinet
où dort le domestique.
Le rôle des enseignes est intéressant. Illustrant le nom de l’auberge, elles sont parfois peintes
comme de véritables tableaux, sculptées dans du bois puis plus tard découpées dans du métal peint.
Elles indiquent l’auberge mais sont également des repères dans les rues pour les voyageurs de
passage, à une époque où les plans de ville n’existent pas.
Notre conférencier fait part de ses difficultés à réunir des documents d’origines très diverses. Il a
dû consulter les rôles de taille (impôts), des archives notariales (lors d’héritages, de contrats de
mariages), des archives judiciaires (cas de rébellions dans les auberges), registres paroissiaux, récits
de voyageurs…
Fabrice Vigier termine en insistant sur l’importance de ces auberges, lieux de vie et lieux de
mémoires au coeur de nos villes aux siècles passés.
Conteur passionné, il a su intéresser le public trois heures entières et c’est à regret que l’on a vu
arriver la fin de ce tête-à-tête.
Jacqueline Gagnaire
La cour de l’ancien hôtel de la Galère…
vue par René Duvau, (n° inv. 1999. 1426.12)
musées de Châtellerault
… et par le photographe J. Gonzalez, coll. JFM