Samedi 22 mars 2025 à 16 h Salle du Verger Conférence de Fabrice Mauclair Organisée par le CCHA Compte-rendu de la conférence.
Fabrice Mauclair, docteur en histoire moderne, enseignant au lycée Descartes à Tours a présenté, devant une nombreuse assistance, les galériens du XVIII° siècle et particulièrement ceux de Châtellerault.
- Le conférencier nous indique que de nombreuses expressions sont issues de cette histoire : garde-chiourme, (une chiourme, l’ensemble des rameurs d’une galère, compte 260 personnes), « quelle galère ! », un galérien ou un forçat, un taulard (la couchette du galérien).
- La conférence portera sur les condamnés aux galères exécutant leur peine sur la terre ferme.
- L’historien travaille sur peu de sources, mais le registre matricule du bagne de Brest est en ligne.
- Après une partie historique posant les repères et les définitions, le conférencier aborde l’étude sociale des galériens de Châtellerault.
I – Définitions et repères historiques

- -La galère, c’est à la fois le bateau, connu dès l’antiquité, et la peine de ceux qui sont condamnés à ramer sur ces bâtiments. Ils sont 260 rameurs. Leur apogée se situe vers le milieu du XVII° siècle, et on compte, à Marseille 40 galères, soit 12 000 personnes, 1 marseillais sur 5. Le déclin s’amorce dès 1700, et les galères restent à quai. L’ordonnance du 27 septembre 1748 les rattache à la Marine royale.
- -Mais la peine subsiste dans les bagnes à terre. 1748-1749, c’est l’ouverture des bagnes de Toulon et de Brest. Les bagnards sont les travailleurs de force des arsenaux. En 1767 c’est l’ouverture du redouté bagne de Rochefort. Les années 1780 voient la condamnation de 700 à 800 galériens. En 1791, on ne parle plus de condamnation aux galères, mais de peines des fers.
- – On est condamné à temps : 3,5, 6, 9 ans. C’est une peine infamante avec une marque au fer rouge G.A.L. (pour GALère) sur l’épaule droite. Les crimes, vol, vagabondage, trafic de sel, de tabac peuvent conduire au bagne. Les femmes y échappent mais pas les protestants.
2 – La Chaîne

- C’est le convoi des galériens qui peut mesurer 150 mètres de long. Ils sont attachés par deux, vont à pied en portant leur lourde chaîne. Trois convois convergent vers Marseille au départ de Paris, Rennes, de Bordeaux vers la Guyane. Après 1748, les convois convergent aussi vers Toulon, Brest, Rochefort en partance de Paris. La Chaîne est supprimée en 1836. Les bagnards rejoignent leur destination dans des voitures fermées.
- – L’organisation des chaînes. C’est sur ordre du roi que les intendants, chargés d’organiser la chaîne, prévoient charrettes, gardes, provisions.
3- Le passage de la chaîne à Tours
- A Tours, jusqu’en 1748, la chaîne arrive de Bretagne. Six à sept semaines de voyage sont prévues pour faire 800 kms vers Marseille. Les galériens font 40 à 50 kms par jour en portant 17 kg de chaîne. Certains, harassés meurent en arrivant. Sur leur parcours, comme à Tours, selon un témoignage écrit, des dames de charité s’occupent d’eux, leur fournissant nourriture et soins. La chaîne passe une fois par an, début septembre. Après 1748, on voit passer deux chaînes par an en mai et septembre. A la fin du XVIII° siècle, les condamnés aux galères partent de Tours vers Rochefort en passant par Poitiers.
- – Le nombre des galériens par chaîne varie de 211 en 1749 à 422 en 1759. Les galériens de Tours rejoignent la chaîne et s’y mêlent ceux de Châtellerault, en moyenne 64 entre 1749 et 1759, soir 30 %.
- Ceux-ci sont souvent condamnés pour faux-saunnage, la contrebande du sel ayant lieu dans ces contrées de gabelle. Pour de plus ample information sur la gabelle et les prisons sous l’ancien régime voir les articles de Françoise Metzger et de Geneviève Millet dans la revue du CCHA : RHPC n° 6 de 2003.
4- Les galériens de Châtellerault
- Ils sont au nombre de 64 pour les années 1749-1759. Le plus jeune a 17 ans et le plus vieux, 80. Mais 48 ont entre 20 et 49 ans.
- La plupart sont mariés (30). Leurs métiers ne sont pas toujours notés, mais ceux qui sont notés (journaliers, artisans) dénotent une appartenance aux milieux populaires.
- Cinq sont originaires du Poitou. Ils sont nombreux à porter des cicatrices, petite vérole ou autres. 9 sont des récidivistes et portent la marque G.A. L. sur l’épaule droite.
- 40 faux sauniers sur 64 sont de grands trafiquants à cheval.
- Les condamnations varient : trois ans (5), six ans (11), 9 ans (2).
- Tous les galériens de Châtellerault arrivent au bagne contrairement à ceux, nombreux, qui meurent en chemin. 41 sont libérés, 23 meurent avant leur libération. La vie des galériens est difficile, la mortalité est élevée.
- Leur réinsertion est difficile, ils sont marqués dans leur chair, certains récidivent. D’autres sont vagabonds et sont à nouveau condamnés.

En conclusion, le conférencier espère, par ses recherches avoir contribué à sauver de l’oubli la mémoire des galériens. Il en reste peu de traces, mais il existe un ex-voto de la chaîne d’un galérien dans l’église de Behuard en Maine-et-Loire.
Quelques images du public présent à la conférence et de l’exposition.





































